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Lumière sur une scientifique – Tia Anderlini

Tia Anderlini est chercheuse postdoctorale et collabore avec des équipes de l’Université de Victoria et de l’Université Dalhousie. Elle étudie le rôle des métaux traces dans les écosystèmes marins de l’Arctique, en examinant comment ces éléments peuvent agir à la fois comme nutriments essentiels et comme toxines potentielles pour les micro-organismes marins.

Grâce à plusieurs expéditions à bord du NGCC Amundsen, ses travaux portent sur la circulation des métaux traces dans les eaux arctiques et sur la manière dont ces cycles pourraient évoluer dans un contexte de changements climatiques. En combinant chimie, océanographie et recherche collaborative en Arctique, ses recherches contribuent à une meilleure compréhension de l’équilibre fragile qui soutient la vie microbienne à la base des réseaux alimentaires marins du Nord.

Pourrais-tu brièvement te présenter et nous parler de ton domaine d’étude actuel ?

Je suis chercheuse postdoctorale à l’Université de Victoria, où je travaille avec le Dr Jay Cullen, ainsi qu’à l’Université Dalhousie avec la Dre Erin Bertrand. J’étudie la distribution, les sources et les puits des métaux traces. Ces éléments peuvent agir comme micronutriments, essentiels au bon fonctionnement des micro-organismes marins, mais aussi comme toxines, lorsque certaines concentrations élevées peuvent limiter leur croissance et leur activité.

Qu’est-ce qui t’a motivée à poursuivre ce domaine d’étude ?

Après ma maîtrise, j’ai travaillé pour une entreprise spécialisée dans l’analyse des métaux traces et la production de produits chimiques. Je trouvais la routine quotidienne assez monotone, alors j’ai commencé à m’intéresser aux clients de l’entreprise, à son histoire, etc., dans l’espoir de trouver un sens plus inspirant à mon travail.

J’ai alors découvert que l’origine de l’entreprise était liée au besoin d’acides de très haute pureté, exempts de contamination en métaux traces, utilisés par les océanographes. Cela a vraiment éveillé mon intérêt pour l’océanographie des métaux traces… et la suite s’est enchaînée naturellement !

Quel est ton domaine de recherche et sur quels projets as-tu travaillé à bord de l’Amundsen au cours des dernières années ?

Mon travail à bord de l’Amundsen a commencé avec le projet NTRAIN (Nutrient Transports Across the Inuit Nunangat) de 2019 à 2022, un programme de recherche scientifique qui étudie la circulation des nutriments dans les écosystèmes marins et côtiers de l’Inuit Nunangat. J’ai ensuite participé à l’expédition Refuge Arctic à travers le détroit de Nares en 2024, puis, en 2025, j’ai travaillé sur l’expédition Tuvaijuittuq / îles de la Reine-Élisabeth.

Lors de l’expédition Amundsen 2026, je réaliserai des prélèvements et des expériences au cours de deux volets : dans le cadre du programme CASCADES, à travers les fjords de l’ouest du Groenland, ainsi que durant la deuxième phase du programme Queen Elizabeth Islands Survey. À travers ces projets, mes recherches visent à mieux comprendre les cycles biogéochimiques des métaux traces dans l’Arctique canadien, leur évolution possible dans un contexte de changements climatiques, et leurs implications pour les micro-organismes marins.

Comment s’est passée ton expérience à bord ? Y a-t-il un moment marquant que tu aimerais partager ?

Chaque fois que je monte à bord de l’Amundsen, je vis de nouvelles expériences mémorables. Il y a eu beaucoup de “premières fois” qui sont ensuite devenues des deuxièmes et des troisièmes — comme admirer les stries colorées des montagnes dans le détroit de Nares, marcher sur la glace, ou encore filer en zodiac pour faire des prélèvements de surface (et parfois même des tours d’icebergs !).

Un moment fort en 2025 a été la visite de la communauté de Resolute Bay, où j’ai fabriqué des « cocottes en papier » sur le thème des métaux traces avec les enfants. Qui aurait cru que ce petit retour en enfance aurait autant de succès !

Utiliser la rosette pour les métaux traces et travailler pour la première fois en salle blanche occupent aussi une place spéciale pour moi. Cela dit, la méthode des bouteilles sur ligne reste une valeur sûre — et une excellente façon de se faire de nouveaux amis ! Et les bulles en laboratoire propre ne se démodent jamais (mention spéciale à Amélie et Thibaud d’Amundsen Science, de véritables MVP pour cette aventure).

Selon toi, quels sont les principaux défis ou apprentissages liés à la recherche à bord du navire ?

Dormir suffisamment et ne pas sauter de repas sont certainement des défis importants, mais ce qui m’a le plus marquée, c’est l’importance de faire preuve de compréhension, de bienveillance et de patience , envers les autres comme envers soi-même. Travailler sur un navire pendant un mois complet (ou même deux !) est une expérience exaltante, mais aussi très exigeante.

On peut vivre certains des plus beaux moments de sa vie, admirer des paysages à couper le souffle et accéder à des lieux que nos proches ne verront peut-être jamais. Mais cela peut aussi être très difficile par moments : les expériences ne fonctionnent pas, l’équipement tombe en panne, ou encore les échantillons attendus ne peuvent pas être collectés.

Je pense donc que la capacité d’empathie est essentielle dans ce contexte. Alors qu’un magnifique coucher de soleil se reflète sur la glace à l’extérieur, quelqu’un à bord peut être en train de lutter avec un instrument défaillant, venir de recevoir une mauvaise nouvelle de la maison, ou vivre sa première expérience en mer avec un fort sentiment de nostalgie.

Au final, cela reste un travail, et il est possible d’avoir de mauvaises journées, même dans un environnement spectaculaire. Il ne faut jamais laisser quelqu’un nous faire sentir coupable de traverser un moment difficile. Il est essentiel de rester doux avec soi-même et avec les autres.

Crédits photos : Amundsen Science & Julia Cantelo