Dans cette troisième édition de Spotlight sur une scientifique, nous mettons en lumière Sibley Duckert, une chercheuse dont les travaux explorent le monde invisible du microbiome marin dans les eaux arctiques. Travaillant au Nunatsiavut et à bord du NGCC Amundsen, Sibley étudie la façon dont les bactéries et les archées marines réagissent à la contamination par le diesel et contribuent au rétablissement des écosystèmes après des déversements.
Ses recherches se situent au croisement de la microbiologie, des sciences des contaminants et de la gérance de l’Arctique, et reposent sur une collaboration étroite avec des partenaires locaux et le gouvernement du Nunatsiavut. Par son travail, Sibley incarne le soin, la collaboration et l’engagement nécessaires à la protection des écosystèmes arctiques fragiles.
Quel est ton domaine de recherche et sur quels projets travailles-tu à bord de l’Amundsen?
Je travaille au Nunatsiavut sur l’étude du microbiome marin — les bactéries et les archées invisibles à l’œil nu, mais qui jouent un rôle essentiel dans les cycles des nutriments et du carbone. Mes recherches portent plus particulièrement sur la décontamination, en cherchant à déterminer si les microbes marins peuvent naturellement dégrader le diesel après un déversement.
En 2020, un déversement de diesel s’est produit à Postville, lié au déchargement de carburant destiné à l’approvisionnement énergétique de la communauté. Des contaminants ont été retrouvés dans l’omble chevalier et les œufs d’oiseaux marins, affectant directement les sources alimentaires traditionnelles et les moyens de subsistance locaux. Il était donc crucial de comprendre comment l’écosystème réagit.
Je mène une étude saisonnière du microbiome marin : des échantillonnages au début du printemps sous la glace de mer, durant l’été à bord de l’Amundsen (segment 2), puis à l’automne avec Joey Angnatok — collaborateur local, chasseur, pêcheur, entrepreneur social, homme d’affaires et leader communautaire du Nunatsiavut — à bord de son bateau, le MV What’s Happening. Je compare la biodiversité microbienne et la capacité de différentes communautés à dégrader le diesel dans des conditions environnementales changeantes.
Qu’est-ce qui t’a motivée à poursuivre dans ce domaine de recherche?
Lorsque j’ai commencé mon baccalauréat, je ne savais même pas ce qu’était la microbiologie. J’étudiais en biochimie, j’ai suivi un cours de chimie analytique et j’ai rapidement réalisé que ce n’était pas pour moi. Une amie m’a fait découvrir la microbiologie, et j’ai immédiatement été fascinée par sa diversité et l’incroyable éventail de métabolismes microbiens.
Ce qui m’a vraiment attirée, c’est l’ampleur du domaine : on peut étudier des écosystèmes entiers plutôt qu’un seul organisme. J’ai toujours été profondément préoccupée par l’environnement, et les contaminants représentent un enjeu majeur. L’idée que les microbes puissent nettoyer naturellement la pollution, sans ajouter d’autres produits chimiques à l’environnement, m’a beaucoup interpellée.
Travailler avec mon directeur de recherche, Casey Hubert, m’a amenée à collaborer avec le gouvernement du Nunatsiavut, ce qui a été extrêmement significatif pour moi. Collaborer avec Michelle Saunders et Rodd Laing et travailler dans le Nord a été une expérience extraordinaire, tant sur le plan scientifique que personnel.
Comment s’est passée ton expérience à bord du NGCC Amundsen? Y a-t-il un moment marquant que tu aimerais partager?
L’un des aspects les plus marquants de la vie à bord de l’Amundsen est son environnement interdisciplinaire. Pendant 28 jours, on est entouré de personnes issues de domaines scientifiques — et de systèmes de connaissances — très différents. Cela crée un espace propice à des discussions et des collaborations qui n’auraient jamais lieu autrement.
La présence de personnes du Nunatsiavut à bord a été particulièrement marquante. Leur connaissance profonde du territoire et de l’océan, ainsi que les histoires qu’elles ont partagées sur leurs ancêtres dans les fjords, ont donné un sens très personnel à la recherche. Cela m’a vraiment rappelé pourquoi nous faisons ce travail.
J’ai aussi adoré apprendre des autres — discuter avec des scientifiques qui étudient les sédiments, la géologie et des processus que je ne connaissais pas du tout. On avait vraiment l’impression d’adopter une approche écosystémique globale, dans une atmosphère de grande bienveillance et d’ouverture.
Selon vous, quels sont les principaux défis ou apprentissages liés à la recherche en mer?
L’un des plus grands défis est que le temps de navire est extrêmement limité et précieux. On veut maximiser chaque instant — échantillonner, mener des expériences, faire de la science sans arrêt. Mais en même temps, passer 28 jours à bord sans pouvoir débarquer est exigeant sur le plan mental.
Un apprentissage clé pour moi a été l’importance de la santé mentale. On fait de la meilleure science lorsqu’on prend soin de soi. À bord, nous jouions au hacky sack sur le pont de l’héliport, organisions des soirées trivia et trouvions des moments pour relaxer et créer des liens. Ces pauses ont fait toute la différence.
La science est importante, mais l’humain l’est tout autant — et l’Amundsen montre à quel point les deux sont étroitement liés.
Crédits photo : Sibley Duckert & Amundsen Science